Voyager comme Greta Thunberg, une fausse bonne idée?

Radio-Canada | Nouvelles

La Suédoise de 16 ans a refusé de se rendre à New York en avion.
Photo : Getty Images / Finnbarr Webster

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Sarah Molkhou
Publié à 0 h 58

L’équipe du voilier qui traverse l’Atlantique avec Greta Thunberg fait face à une polémique concernant les conditions du retour du bateau en Europe. Pour l’équipe, les émissions de carbone – liées au déplacement de plusieurs personnes par avion – seront toutes compensées.

La jeune Greta Thunberg, qui a mis le cap sur New York mercredi à bord d’un voilier de course zéro carbone, donne un élan au mouvement d’origine suédoise « flygskam  » qui exprime le sentiment de honte de certains voyageurs face aux effets écologiques néfastes du transport aérien.
La Suédoise de 16 ans, devenue une icône des activistes du climat, a pour objectif de créer un mouvement d’opinion mondial, pour que les gens se rassemblent et fassent pression sur les dirigeants.
Néanmoins, selon le porte-parole du navigateur Boris Herrmann – à la barre du voilier Malizia II dans lequel voyage Greta – plusieurs personnes prendraient l’avion pour New York afin de ramener le bateau en l’Europe après la traversée, en plus de M. Herrmann qui rentrerait aussi par les airs.
Les propos – repris par le journal berlinois TAZ – ont mené à la conclusion que le voyage en voilier serait au final plus polluant que s’ils avaient pris l’avion. Une idée qui a largement été partagée sur les réseaux sociaux, où la jeune égérie proclimat compte de nombreux détracteurs.

Tous les vols de l’équipe sont compensés même si nous reconnaissons que la solution est imparfaite.
Holly Cova, responsable de l’équipe Malizia II
Nous avons planifié ce voyage à New York à la dernière minute […] en tout, ce sont quatre membres d’équipage qui ramèneront le bateau. Ce sont des décisions logistiques qui ont été prises uniquement par l’équipe, a indiqué à l’AFP Holly Cova dans une déclaration transmise par l’entourage de Greta Thunberg.

Pour la responsable de l’équipe du voilier de Greta Thunberg, personne n’a encore trouvé le moyen de traverser un océan sans laisser d’empreinte carbone. Nous pensons que compenser ses émissions, c’est mieux que de ne rien faire et espérons que ce voyage permettra une prise de conscience, souligne Holly Cova.
Ainsi, l’efficacité des transports alternatifs est notablement remise en question.
Zéro empreinte carbone?
À une moindre échelle, Aline Charles et Benjamin Gaucher, ont eux aussi suivi cette mouvance, en vélo, en train, mais aussi en bateau cargo.
Voyager sans avion, ça ne veut pas dire pas d’empreinte écologique non plus. Il y a des modes de transport extrêmement polluants, puis il y en a d’autres qui le sont beaucoup moins, explique Benjamin Gaucher.
En un an, le couple franco-québécois a visité 21 pays pour une empreinte carbone qui s’élève à environ sept tonnes chacun, alors qu’un aller-retour Montréal-Paris en avion représente à lui seul deux tonnes de CO2 par passager.

Pour traverser le Pacifique, on a pris un porte-conteneurs… ce n’est pas tout vert non plus, mais notre empreinte carbone est diluée dans toute la marchandise qui va traverser l’océan!
Aline Charles
Mais pour les deux aventuriers, le porte-conteneurs est une solution peu achalandée parmi d’autres. Si tout le monde demain décidait de monter dans un porte-conteneur, ça deviendrait un nouveau type de croisière, et la question de son impact sur l’environnement se reposerait, expose Aline Charles.

Le porte-conteneur, voguant sur le Pacifique, transporte le couple franco-québécois qui a décidé de faire le tour du monde sans prendre l’avion.
Photo : Radio-Canada / Aline Charles et Benjamin Gaucher

Selon Paul Arsenault, professeur au Département de marketing à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), si l’on empêche tous les avions de décoller ou d’atterrir au Canada pendant un an, notre souci environnemental ne sera même pas réglé de 3 %.

Cette idée nous a été importée d’un mouvement européen où la réalité est tout autre : il y a des alternatives pour les déplacements touristiques comme l’automobile, les autocars, le train, et ils s’avèrent efficaces et moins polluants. Ici, au Canada ou en Amérique du Nord, ça n’a pas de sens.
Paul Arsenault, professeur au Département de marketing à l’UQAM
Au Canada nous sommes les plus grands consommateurs de véhicules utilitaires et il y a une espèce d’incohérence dans le fait de pointer du doigt le tourisme comme étant l’ennemi à abattre. Il y a des comportements individuels et même sociétaux qui doivent changer, qui eux feront une réelle différence, soutient le professeur.
Malgré la conscientisation que génère phénomène européen – qui a le vent en poupe – boycotter l’avion demeure encore une tendance marginale.

Avec les informations de Jacaudrey Charbonneau et de l’Agence France-Presse

Sarah Molkhou

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