Un appel à des gestionnaires plus humains

Radio-Canada | En ligne

L’auteur et professeur d’université Henry Mintzber plaide pour un changement radical du comportement des gestionnaires en entreprise.
Photo : Getty Images / Alvarez

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Gérald Fillion
Publié à 19 h 33

Les dirigeants doivent faire preuve d’une plus grande humanité et d’un engagement sincère dans la gestion des entreprises. Oubliez les rapports hiérarchiques, descendez sur Terre, sur le plancher de travail, écoutez, parlez, prenez des décisions en groupe. C’est urgent.

C’est en substance le message du grand spécialiste du leadership Henry Mintzber, dont le 20e livre, Histoires pour gestionnaires insomniaques, est paru aux Éditions de l’homme en août.
La gestion dénuée d’âme, ou de fond, est devenue une véritable épidémie dans la société, affirme M. Mintzberg. Les pires situations sont créées par des gens mesquins et tyranniques qui utilisent ces défauts les uns contre les autres.
Le constat est brutal et sans appel : la façon dont on gère les entreprises aujourd’hui n’est plus appropriée. Ceux qu’on considère comme des leaders doivent changer. Les entreprises doivent revoir leur façon de mener les employés vers les objectifs ciblés.

Pour ça, dit Henry Mintzberg, il faut miser sur des leaders engagés dans l’aide aux employés, qui sortent de leur bureau, qui descendent de leur piédestal, qui font émerger des stratégies de la base, qui établissent des liens naturels avec les gens et qui tissent de vrais rapports de confiance.
La communication doit être ouverte pour que [les] idées puissent circuler, affirme le professeur de l’Université McGill. Commencez par vous départir du vocabulaire ampoulé de la “haute direction”. Cessez d’utiliser ce terme. Ainsi, vous pourrez regarder partout autour de vous, plutôt que seulement de haut en bas, et apprécier les personnes qui sont les mieux placées pour mener à bien chacune des tâches.
Les entreprises doivent repenser les critères d’embauche de leurs dirigeants, explique le spécialiste. Les gestionnaires devraient être choisis tant en fonction de leurs défauts que de leurs qualités, écrit-il. […] Les gestionnaires qui connaissent du succès sont imparfaits.
Henry Mintzberg s’en prend sans ménagement aux décisions très nombreuses et très dures de réorganisation et de rationalisation dans les entreprises. Vous savez pourquoi les réorganisations sont si populaires ? Parce qu’elles sont faciles. Déplacez quelques personnes sur un bout de papier et le monde est soudainement transformé… sur papier, du moins. Imaginez plutôt ce qui arriverait si ces gens étaient déplacés d’un bureau à l’autre pour leur permettre de tisser de nouveaux liens.
Les réorganisations, tout comme les annonces de rationalisations, ne servent qu’à enrichir les hauts dirigeants, selon l’auteur.

Ce sont les rationaliseurs qui devraient être rationalisés, et les bourreaux qui devraient être exécutés.
Henry Mintzberg, dans Histoires pour gestionnaires insomniaques
Le mieux est l’ennemi du bien
Henry Mintzberg ne s’en cache pas : il n’est pas favorable à l’influence de la Bourse dans les organisations. Selon lui, les pressions des actionnaires et du marché boursier sont néfastes à la culture des entreprises.

Le spécialiste, qui enseigne la gestion depuis 50 ans, constate qu’il est beaucoup plus facile de dessiner des organigrammes que de gérer des organisations. Et c’est pourquoi il invite les jeunes futurs gestionnaires à étudier à l’école de la vie plutôt que de compter seulement sur ce qu’ils apprennent à l’école.
Les programmes de MBA sont utiles, dit-il, pour autant qu’ils soient reconnus pour ce qu’ils font de bien, à savoir former des personnes pour certaines tâches spécialisées au sein d’une entreprise. Il est cependant important qu’ils soient aussi reconnus pour ce qu’ils font moins bien, à savoir préparer des personnes pour la gestion. Il est temps de dépasser le MBA en offrant une véritable éducation à la gestion.
La gestion doit être exercée comme un art tributaire de la perspicacité, ajoute-t-il. La compréhension viscérale d’une organisation est beaucoup plus utile qu’un ensemble de connaissances cérébrales. […] Laissons donc de côté, non pas nos standards, mais notre obsession à vouloir être le meilleur, pour que nous puissions nous consacrer à être aussi bons que possible.
Henry Mintzberg est un professeur reconnu mondialement sur les questions de gestion et de leadership. Il a sélectionné 42 billets de son blogue sur ces enjeux pour écrire ce livre. Il a déjà dit que la meilleure façon de connaître les défauts d’une personne… c’est de l’épouser ou de travailler pour elle! Lire son dernier bouquin peut être utile aussi!

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