Défendre les droits des francophones hors Québec, une circonscription à la fois | Élections Canada 2019

Radio-Canada | Nouvelles

Ginette Petitpas Taylor, qui se présente dans Moncton—Riverview—Dieppe, au Nouveau-Brunswick, considère comme un atout majeur sa maîtrise du français, de l’anglais et du chiac.
Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

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Daniel Thibeault
Publié à 21 h 03

Il est apparu sur l’écran géant au débat des chefs de jeudi soir. En direct de Mississauga, Marc Gravel s’est exprimé dans un français sans compromis, pour demander aux chefs de tous les partis ce qu’ils comptaient faire pour assurer aux francophones du Canada des services adéquats et équivalents à ceux des anglophones.

S’ils ont tous affirmé être sensibles à ses préoccupations, promis de moderniser la Loi sur les langues officielles, ils n’ont pas donné plus de détails. Un discours que les francophones qui vivent en milieu minoritaire ont trop souvent entendu.
On est des payeurs de taxes nous aussi, et pourtant on a des services très inégaux à travers le pays, lance le directeur général de la Fédération des communautés francophones et acadiennes (FCFA) Alain Dupuis, en entrevue à l’émission Les Coulisses du pouvoir.

De plus en plus, être francophone ça veut dire quelque chose de différent, qu’on soit en Ontario, au Québec, au Nouveau-Brunswick, dans l’Ouest ou dans un territoire.
Alain Dupuis, directeur général de la FCFA
Est-ce que c’est dans ce type de pays dans lequel on veut vivre? Où les droits [des francophones], ça varie selon la géographie et là où tu habites?, demande-t-il.

Surtout que depuis quelques années, les francophones hors Québec ont l’impression d’aller de bataille en bataille pour faire respecter leurs droits.
L’an dernier, il y a eu les coupes imposées en Ontario par Doug Ford, et le gouvernement de coalition à Fredericton soutenu par l’Alliance du Nouveau-Brunswick, qui est ouvertement hostile au bilinguisme.
Plus récemment, les francophones de Colombie-Britannique se sont retrouvés devant la Cour Suprême contre leur gouvernement parce que la province refuse de financer certaines de leurs écoles qu’elle juge trop coûteuses. C’est sans compter les propos de Denise Bombardier, qualifiés de choquants et d’insultants à l’endroit des francophones en milieu minoritaire.

Le poids du nombre
Selon la FCFA, le poids démographique des francophones peut influencer l’élection dans une trentaine de circonscriptions. La dernière Chambre des communes comptait 14 députés issus des communautés minoritaires.

Moncton—Riverview—Dieppe, au Nouveau-Brunswick, est l’une d’elles. On y compte plus de 90 000 habitants. Le tiers se dit francophone, presque la moitié parle la langue.
Quatre des cinq candidats qui s’y affrontent parlent français. La libérale sortante Ginette Petitpas Taylor est l’une des quatre.
Moi, je suis fière acadienne, dit-elle lorsque nous la rencontrons durant une visite dans une résidence pour personnes âgées de Riverview.
Elle se promène dans la salle à la rencontre des résidents, passant d’une langue à l’autre selon la personne devant elle. Je parle français, anglais et un peu chiac. Je m’en sors bien, lance-t-elle à l’un des résidents.
Elle sait que son bilinguisme est un atout majeur ici, mais surtout, elle sait que les électeurs de sa circonscription comptent sur elle pour défendre leurs droits à Ottawa.

Même son de cloche quelques kilomètres plus loin. Sylvie Godin-Charest défend la bannière conservatrice.
Je connais les réalités de la dualité, explique-t-elle lors d’une séance de porte-à-porte.
Il faut avoir une représentation au sein de la Chambre des communes pour adresser la réalité de notre communauté. Comprendre que, malgré le fait qu’on a la Charte des droits et libertés qui nous protège, on a enchâssé la loi 88 dans la Constitution. Il faut savoir qu’on a quand même un chemin à faire, assure-t-elle.
Les francophones hors Québec voudraient qu’Ottawa impose cette médecine aux provinces aussi, qui sont souvent les ultimes responsables d’offrir les services.
Cinquante ans après la Loi sur les langues officielles, on voit encore que les gouvernements provinciaux n’ont pas les obligations de nous appuyer et on regarde dans la santé, en éducation, en culture, dans les services sociaux, indique Alain Dupuis.
Ce sont tous des domaines qui dépendent de l’appui des gouvernements provinciaux. […] Il faut renforcer les lois provinciales, et peut-être même regarder du côté de l’argent fédéral transféré aux provinces et territoires, pour qu’il y ait des clauses linguistiques afin de s’assurer que les provinces répondent aux besoins de leur population francophone.
Le poids du nombre pourrait-il faire pencher la balance? Sur la trentaine de circonscriptions hors Québec où les francophones peuvent faire une différence, les candidats qui parlent la langue n’ont de véritables chances que dans une douzaine d’entre elles.

Daniel Thibeault

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