Immigration : la liste de formations du gouvernement Legault pleine d’incohérences

Radio-Canada | Nouvelles

Dans un article extrait de la publication Érudit, relatant l’histoire de l’Université Laval, on en apprend davantage sur la formation des « sciences domestiques » qui était enseignée aux jeunes filles.
Photo : Capture d’écran / Erudit

Partagez via Facebook(Fenêtre modale)
Facebook

Partagez via Twitter(Fenêtre modale)
Twitter

Partagez via LinkedIn(Fenêtre modale)
LinkedIn

Partagez via Courriel(Fenêtre modale)
Courriel

Activer l’option d’impression du navigateur
Imprimer

Commentaires

Romain Schué
Alexandre Duval
17 h 10 | Mis à jour à 17 h 37

Programmes inexistants, diplômes offerts seulement aux citoyens canadiens ou terminologies qui ont changé depuis des années : la liste des domaines de formation désormais accessibles au Programme de l’expérience québécoise (PEQ) est truffée d’incohérences.

Dans cette énumération comprenant 218 formations (Nouvelle fenêtre) pour le volet des diplômés québécois, on trouve notamment le Bac en sciences domestiques. Quel est ce programme et quelles sont les écoles ou les universités qui le proposent? Impossible de trouver la moindre trace, récente, de ce programme.
En remontant à travers le temps, on s’aperçoit que cette formation était proposée aux jeunes femmes, au siècle dernier, notamment à l’Université Laval et à l’Université de Sherbrooke.
« Symbole de la résistance du monde universitaire aux idées féministes, les « sciences » domestiques entretiennent les femmes dans leurs rôles de ménagère, de mère et d’épouse d’abord », peut-on lire dans la publication Érudit, un consortium interuniversitaire.

La situation est semblable pour un autre programme inclus dans la liste, soit le diplôme d’études professionnelles (DEP) en modelage. Il a été officiellement aboli le 27 mars dernier, confirme le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES).
Les besoins de main-d’oeuvre dans ce domaine ne justifiaient plus le maintien d’un programme d’études ministériel et […] aucun élève ne s’y était inscrit au cours des dernières années, indique Bryan Saint-Louis, porte-parole du ministère.
Cette réponse a de quoi étonner, puisque le but avoué de cette réforme est de répondre aux besoins du marché du travail, a expliqué cette semaine le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette.

Le leader parlementaire du gouvernement et ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Simon Jolin-Barrette.
Photo : Ivanoh Demers

Des programmes non offerts aux étrangers
Alors qu’il n’y avait aucune restriction de ce type par le passé, seuls les candidats détenant maintenant un diplôme ou ayant travaillé au Québec dans un domaine défini par le ministère de l’Immigration peuvent désormais postuler au PEQ, une voie rapide vers l’immigration permanente. Après un vif débat, une clause de droits acquis a cependant été finalement promise pour les personnes vivant déjà dans la province.

Deux listes ont ainsi été publiées, l’une avec des domaines de formation visant les étudiants étrangers, l’autre concernant les « emplois en demande », pour les travailleurs temporaires.
Dans ces documents, on trouve également des formations qui ne peuvent pas être suivies par des étudiants étrangers. C’est le cas par exemple des doctorats de premier cycle en médecine vétérinaire, médecine dentaire et optométrie, proposés par l’Université de Montréal.
Ces programmes ne sont pas offerts aux étudiants internationaux. Il en a toujours été ainsi. Ce sont des programmes excessivement contingentés, c’est ce qui explique cette décision, indique Geneviève O’Meara, porte-parole de l’université, tout en précisant que des étudiants internationaux qui ont pu déjà obtenir leur diplôme dans leur pays d’origine peuvent néanmoins intégrer la Faculté de médecine, pour y faire par exemple « de la recherche » ou suivre « d’autres programmes ».

La liste publiée contient effectivement des ambiguïtés et nos étudiants nous en parlent et nous questionnent.
Geneviève O’Meara, porte-parole de l’Université de Montréal
Par ailleurs, très peu d’étudiants étrangers en médecine sont admissibles au PEQ. Chaque année, seuls cinq étudiants de nationalité étrangère peuvent étudier en médecine au Québec, selon le ministère de la Santé et des Services sociaux, qui fixe ce contingent.

Cette liste comprend 218 formations admissibles au Programme de l’expérience québécoise (PEQ).
Photo : Radio-Canada

Peu d’étudiants étrangers admissibles
Une situation semblable se dessine pour le domaine de la pharmacie, qui figure aussi sur la liste du ministre Jolin-Barrette. Le doctorat de premier cycle, qui mène à la profession de pharmacien, est un programme contingenté dans les universités québécoises, ce qui signifie que les places sont limitées.
Or, à l’Université Laval par exemple, les critères d’admission sont claires : les candidats de l’étranger sont les derniers à pouvoir intégrer le programme. La priorité est accordée aux candidats québécois, suivis des candidats d’autres provinces canadiennes.
Par ailleurs, l’accès au PEQ serait possible, selon cette liste, aux personnes ayant soit un bac ou une maîtrise en ergothérapie. Or, depuis 2009, il faut suivre un continuum bac-maîtrise, aboutissant à une maîtrise professionnelle, afin d’exercer la profession d’ergothérapeute.
Toujours dans le domaine de la santé, le bac en « périnalité » semble être une erreur orthographique. En partant du principe que le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) évoque la « périnatalité », on remarque qu’une telle dénomination n’est pas proposée dans les programmes universitaires de la province.
On retrouve cependant un programme court de premier cycle en soins infirmiers en périnatalité à l’UQAR, mais un tel cursus n’est pas admissible au PEQ.

Un DEP trop court
Le ministre Jolin-Barrette s’est également vanté, avec cette réforme, d’élargir l’accès au PEQ, en ouvrant les portes aux détenteurs d’un diplôme d’études professionnelles (DEP) d’au moins 900 heures, contre 1800 par le passé.
D’après un décompte de Radio-Canada, au moins une vingtaine de DEP de la liste sont effectivement d’une durée de moins de 1800 heures. Mais, l’un d’entre eux n’atteint pas le seuil minimal fixé : le DEP en assistance à la personne à domicile.
En réalité, l’intitulé de ce programme n’existe plus, révèle le MEES. Depuis 2017, ce DEP menant au métier de préposé aux bénéficiaires se nomme plutôt « assistance à la personne en établissement et à domicile » et sa durée de formation n’est que de 870 heures.
Les étudiants étrangers diplômés de ce programme n’auront donc pas le minimum de 900 heures pour être sélectionnés dans le PEQ.
Or, de nombreux établissements de santé à travers le Québec se sont plaints, ces dernières années, d’avoir de la difficulté à pourvoir ce type de poste, notamment dans les établissements de soins pour aînés.

Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, dirigé par Jean Boulet, a précisé ne pas être à l’origine de ces listes publiées par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration.
Photo : Radio-Canada

Des listes inspirées par un rapport du ministère du Travail
Comment ces listes ont-elles été établies?
La réforme qui est proposée par Simon Jolin-Barrette n’invente rien, avait lancé le premier ministre Legault, en évoquant une collaboration avec le ministre « Jean Boulet » et des listes qui seront révisées annuellement.
Le MIFI s’est en réalité inspiré de l’édition 2018 d’un rapport publié annuellement par le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MTESS), intitulé « État d’équilibre du marché du travail ». Ce rapport établit un diagnostic de 500 professions, en notant celles en déficit, en équilibre ou en surplus, en reprenant des informations remontant jusqu’à 2017.
Selon le MTESS, ce dernier n’a nullement participé directement à l’élaboration de ces énumérations faites par le MIFI.
L’utilisation [du rapport] qui en est faite […] ne relève pas du MTESS, et n’est convenue ni avec le ministère, ni avec la Commission des partenaires du marché du travail [qui participe à la rédaction de ce rapport], a précisé Catherine Poulin, porte-parole du MTESS.

Le journalisme présent, bien qu’en « surplus »
À travers cette liste des domaines des formations permettant l’accès au PEQ, on retrouve aussi le bac en communications et journalisme.
Pourtant, alors que les salles de rédaction ont connu de nombreuses coupes ces dernières années, le journalisme ne figure pas parmi les professions recherchées par le ministère du Travail et de l’Emploi (MTESS), qui évoque un « surplus » de journalistes dans l’ensemble du Québec.
Par ailleurs, il y également des incohérences entre les deux listes visant le PEQ. Alors que les personnes ayant travaillé comme techniciens en comptabilité peuvent avoir accès à ce programme, cette même formation n’est pas incluse dans la liste des domaines de formation.
Seul le niveau bac est mentionné en ce qui concerne la comptabilité et l’administration, bien que le secteur des services administratifs soit, selon un récent rapport de l’Institut de la statistique du Québec, l’un des plus touchés par la pénurie de main-d’oeuvre (6 % de postes vacants au deuxième trimestre 2019).
Malgré plusieurs relances, le MIFI n’a pas répondu aux demandes de Radio-Canada.

Romain Schué

Alexandre Duval

Immigration : la liste de formations du gouvernement Legault pleine d’incohérences

Le Bloc québécois aimerait réapparaître dans le guide de citoyenneté canadienne

District 31 : Nancy Riopelle est dans une colère noire!

Le gouvernement Legault et les limites du populisme

La plus grande parcelle de terre agricole mise en vente au Canada est au Manitoba

Le gouvernement Legault et les limites du populisme

Mise à jour économique : familles, familles, familles!

L’opposition insatisfaite de la mise à jour économique de Québec

Ceux qui critiquent la réforme du PEQ sont motivés par l’argent, dit Legault

Laïcité : Queen’s Park adopte la motion pour défendre la diversité religieuse

Mathieu Charlebois imagine le Programme culturel de l’expérience québécoise

Le Bloc québécois aimerait réapparaître dans le guide de citoyenneté canadienne

Catherine Dorion : bien dans son coton ouaté

Justin Trudeau ne ferme pas la porte à nommer un lieutenant du Québec

Le panel politique du 7 novembre 2019

Durée :18:43

Le panel politique du 07 novembre 2019

Durée :19:47

Mise à jour économique : Québec transforme ses surplus en cadeaux aux familles

Go to Source