Le Campus Saint-Jean, ce service essentiel pour les francophones

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[ANALYSE]

EDMONTON – Il n’y a pas que les propos de Denise Bombardier qui peuvent unir les francophones en milieu minoritaire. La semaine dernière, l’appel au secours du Campus Saint-Jean, la seule institution postsecondaire francophone en Alberta, a mobilisé les francophones d’Est en Ouest.

Dans une actualité ultra-dominée par la COVID-19, l’annonce soudaine de la fragilité financière du campus par l’entremise de son doyen, Pierre-Yves Mocquais, a aussitôt déclenché l’ire des francophones, dont l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) s’est fait la porte-voix.

L’enjeu, symbolisé par le mot clé #SauvonsSaintJean sur les médias sociaux, s’est rapidement retrouvé sur le bureau de la ministre des Langues officielles du Canada, Mélanie Joly.

Le campus pourrait couper jusqu’à 44 % de ses cours prévus en 2020-2021, soit 180 sur 409 au total. L’une des raisons : depuis l’automne, le gouvernement conservateur de Jason Kenney veut faire des économies.

Comme les autres facultés de l’Université de l’Alberta, l’institution dont elle dépend, le Collège Saint-Jean fait face à des compressions de plus de 13 % au moins jusqu’en 2023. Assez pour menacer sa survie.

Le Campus Saint-Jean a pourtant une triple valeur. Historique d’une part. Fondé en 1908, il compte parmi les plus anciennes institutions universitaires au Canada. Éducative ensuite, car avec environ 800 étudiants, le campus forme entre autres chaque année une myriade d’enseignants nécessaires pour contrer la pénurie dans les écoles francophones qui continuent de pousser. Symbolique surtout, car il s’agit d’un point d’ancrage important pour les quelque 80 000 Franco-Albertains à travers la province.

Un parallèle tentant avec la crise linguistique ontarienne

Une université fragilisée, un gouvernement conservateur, une mobilisation à l’échelle du pays, la crise actuelle franco-albertaine n’est pas sans rappeler la tempête nationale consécutive à l’annulation du projet d’université franco-ontarienne, le 15 novembre 2018, par l’équipe de Doug Ford.

Cette fois, le contexte est différent. Responsable certes, le gouvernement Kenney n’est pas totalement coupable.

Ce coup dur pour les francophones ne relève pas d’une décision directe, mais des dommages collatéraux faits par un gouvernement dont l’éducation postsecondaire n’est pas la priorité.

Pour certains experts, le gouvernement fédéral est tout aussi responsable des difficultés de certaines institutions postsecondaires à joindre les deux bouts. En cause : les versements fédéraux vers les provinces et territoires en matière d’éducation dans la langue de la minorité lesquels augmentent bien moins vite que les besoins.

Sur le terrain, les institutions universitaires ont dû faire face à d’autres obstacles financiers inattendus en raison de l’épidémie de coronavirus. À commencer par la baisse anticipée d’inscriptions d’étudiants internationaux et des coûts supplémentaires dus à l’adaptation de programmes à distance. Autant de mesures qui peuvent prendre à la gorge des institutions plus petites comme le Campus Saint-Jean.

La réaction de Joly attendue

La balle est maintenant dans le camp de Mme Joly. Devant la pression des francophones, la ministre consentira-t-elle à venir en aide aux Franco-Albertains ? En Ontario, l’intervention du gouvernement fédéral avait permis de relancer l’Université de l’Ontario français, par la signature d’une entente financière avec le gouvernement provincial, en septembre dernier. Un précédent qui nourrit aujourd’hui des attentes légitimes.

Mme Joly et M. Kenney ne doivent pas ignorer que l’Alberta est la province dont l’augmentation du nombre de francophones entre 2001 et 2016 a été la plus forte selon Statistique Canada. La proportion de francophones y est stable. Dans ces conditions, le Collège Saint-Jean représente bel et bien un « service essentiel » pour les francophones.

Cette analyse est aussi publiée sur le site du quotidien Le Droit du 19 mai.

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