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La « nouvelle normalité » à l’ère de la COVID-19

Radio-Canada | Nouvelles

Restaurants, commerces et cinémas rouvrent leurs portes alors que le Québec se déconfine. Mais ils ont dû se transformer pour protéger leurs clients du nouveau coronavirus, quitte à faire une croix sur la rentabilité, du moins pour l’instant.

Si vous pensiez que déconfinement signifierait retour à la normale, vous avez déjà pu constater que ce n’est pas le cas.

Les règles sanitaires, comme la distanciation physique, les rassemblements limités et le port du masque obligatoire dans les lieux publics intérieurs, demeurent nécessaires. Le SRAS-CoV-2 rôde toujours dans la province et le déconfinement augmente le risque de contracter le virus. Dans ce contexte, une seconde vague de la maladie apparaît inévitable et tous les efforts doivent être déployés pour en réduire l’impact.

Les lieux que vous fréquentez ont donc dû s’adapter à cette « nouvelle normalité » imposée par la COVID-19, malgré les conséquences financières qui en découlent. Voici comment.

🍽️ Restaurants | À table, mais pas comme avant

Les salles à manger des restaurants sont rouvertes, dans une réalité toutefois bien différente d’avant. Désinfection des tables et des chaises entre chaque client, menus jetables ou affichés au mur font partie des mesures rendues obligatoires.

La principale demeure toutefois la distanciation physique, qui force les restaurants à réduire leur capacité d’accueil. Les groupes sont aussi limités à 10 personnes. Quant au masque, il est obligatoire à l’entrée et à la sortie, ainsi que pour se déplacer à l’intérieur du restaurant, mais peut être retiré une fois qu’on est assis à table.

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Un restaurant est rempli lors de ses meilleures soirées.

Pour assurer leur rentabilité, les restaurateurs évaluent que leur salle à manger doit être occupée à 75 % de sa capacité, ce qui ne pourra pas être le cas.

Les aires partagées, comme le comptoir au bar et les tables communes, ne peuvent plus accueillir autant de clients, malgré la reprise.

Les clients doivent se trouver à 2 mètres les uns des autres, à moins qu’ils proviennent d’un même foyer, à l’intérieur comme à l’extérieur.

 

Pendant le confinement, les restaurateurs ont tenu le coup grâce aux repas à emporter et à ceux qui sont livrés à la maison. Ce modèle d’affaires ne comble pas les pertes en salle à manger.

« Compenser? Non, confirme François Meunier, de l’Association restauration Québec. Mais ça permet de couvrir une partie des frais », afin de permettre aux restaurateurs de rester à flot jusqu’à ce que la situation se stabilise.

Même si livraisons et repas à emporter comptent pour seulement 30 % de leurs revenus habituels, certains restaurateurs ont choisi de poursuivre dans cette voie, plutôt que de rouvrir à grands frais.

« On ne jouera pas à l’autruche. Le fait de respecter les mesures de distanciation physique, conjugué à la rentabilité, c’est tout un défi. »

– François Meunier, Association restauration Québec

« Lorsqu’on parle d’un service, comme la restauration, c’est ouvert de telle heure à telle heure. Vous ne pourrez pas vendre après, enchaîne Joanne Labrecque, professeure en marketing à HEC Montréal. Alors si vous avez 1000 pieds carrés, plus vous allez être capable de rentrer de personnes, plus ça va être rentable. »

Québec n’a pas imposé de ratio de clients, préférant miser sur la bonne volonté des restaurateurs de maintenir la distance minimale entre les clients. Ceux-ci peuvent également aménager des barrières physiques, en plexiglas par exemple, pour faire entrer un peu plus de personnes en salle à manger.

Malgré tout, la capacité d’accueil de la plupart des restaurants est réduite de 40 % à 60 %, ce qui représente en moyenne la moitié des revenus habituels.

« C’est certain que ceux qui ont de très petites salles, où il y avait une forte proximité, sont perdants, déplore François Meunier. Pour eux, ça va rester un défi plus grand que pour les autres d’assurer la rentabilité. »

Les pronostics pour la suite ne sont pas encourageants, reconnaît-il, même si les restaurateurs font des pieds et des mains. Heures d’ouverture réduites, menus ajustés et rotation des services plus serrée font partie des mesures pour être plus rentables et compenser les pertes de revenus. Des « frais COVID » ont même fait leur apparition sur les factures des clients.

« Est-ce qu’ils vont réussir à se rendre jusqu’à l’an prochain? Jusqu’au vaccin?, s’interroge François Meunier. Ce n’est pas certain. Il faut être réaliste. » Un point de vue que partage Sylvain Charlebois, expert en agroalimentaire à l’Université Dalhousie, à Halifax.

« La COVID-19 a été brutale. Ça s’est passé assez rapidement. Des restaurateurs qui existaient depuis plusieurs années, qui avaient les reins relativement solides, ne passeront pas le test de la COVID-19. »

– Sylvain Charlebois, Université Dalhousie, Halifax

L’Association restauration Québec croit que plus de la moitié des restaurateurs mettront la clé sous la porte si la situation ne revient pas à la normale d’ici six mois.

Les bars ont rouvert leurs portes, eux aussi avec une expérience complètement modifiée. La distanciation physique de 2 mètres force notamment la réduction de moitié de la clientèle, l’aménagement obligatoire de tables et de chaises et la condamnation des pistes de danse.

Comme les mesures sanitaires sont plus difficiles à faire respecter aux clients sous l’effet de l’alcool, la Nouvelle association des bars du Québec demande aux tenanciers de faire preuve de vigilance pour ne pas perdre le « privilège » d’avoir repris leurs activités. Ils ont déjà été contraints de fermer plus tôt après les faux pas de certains établissements.

L’Union des tenanciers de bars estime que 60 % des débits de boisson risquent de ne pas survivre à la crise, puisqu’ils sont déjà endettés et qu’ils sont confrontés à une hausse des coûts et à une diminution de leurs revenus causée par l’achalandage limité.

🚇 Métro | Fini les wagons bondés

L’achalandage du métro de Montréal a chuté de 47 % en mars, puis d’environ 90 % en avril et en mai, comparativement à l’année précédente.

Malgré le déconfinement, ne vous attendez pas à un retour immédiat « à la normale » dans le transport collectif où les usagers sont parfois entassés comme des sardines aux heures de pointe.

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Un train Azur peut accueillir jusqu’à 1104 passagers, soit environ 123 personnes par wagon.

La STM évalue que seulement 150 passagers peuvent monter à bord du train pour respecter une distance entre eux de 2 mètres. C’est 17 personnes par wagon.

On mise toutefois sur le port du masque pour qu’un plus grand nombre d’usagers puissent se déplacer en même temps.

 

D’abord fortement recommandé, le masque est désormais obligatoire dans les transports en commun et les lieux publics intérieurs partout au Québec.

La Société de transport de Montréal (STM) suggère aussi aux usagers du métro de se répartir dans tout le train, d’éviter les heures de pointe dans la mesure du possible ou encore d’opter pour d’autres moyens de déplacement.

« C’est certain que le transport collectif est basé sur un modèle de densité, lance d’entrée de jeu le porte-parole de l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), Simon Charbonneau. Ça pose beaucoup de défis dans le contexte de la COVID-19. »

« Les heures de pointe vont être critiques, poursuit-il. On aura besoin de les étendre pour donner un maximum de chances aux gens de maintenir la distanciation sociale dans ces périodes-là. » Le service du métro est donc ajusté en fonction de l’achalandage.

Des mesures similaires sont en place dans le réseau des autobus, dont l’achalandage a aussi fortement diminué depuis le début de la pandémie.

Chaque véhicule pourrait accueillir une quinzaine de clients pour assurer un éloignement physique entre eux. Là aussi le port du masque permet de transporter plus d’usagers.

L’embarquement se fait par l’arrière, le temps d’aménager des habitacles pour protéger les chauffeurs. À mesure que ces modifications sont effectuées, les usagers doivent recommencer à entrer par l’avant et à valider leur titre de transport.

Des applications qui suivent l’achalandage des autobus pourront aussi donner un coup de pouce aux usagers. La Société de transport de Laval a déjà lancé la sienne, alors que la STM prévoit rendre l’information disponible à la fin août.

Financièrement parlant, la pandémie a donné un coup dur à l’ARTM. Les titres de transport achetés par les usagers financent le tiers du transport en commun, le reste de la facture étant assumé par les fonds publics.

L’ARTM prévoit que la réduction de l’achalandage la privera de 523 millions de dollars en 2020, soit de plus de la moitié des revenus prévus par la vente de titres.

🎭 Théâtres | En toute intimité

L’autorisation des rassemblements intérieurs de plus de 50 personnes, en juin, a permis la réouverture graduelle des salles de spectacle.

Mais nombre d’entre elles sont quand même restées fermées, notamment à cause des contraintes sanitaires qui comprennent aussi la distanciation physique entre chaque ménage. Prenons par exemple le Théâtre du Nouveau Monde (TNM), à Montréal, qui a l’habitude de faire salle comble.

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Tous les sièges de sa salle de spectacle seraient alors occupés.

Le seuil minimal de rentabilité d’une représentation est atteint à 80 % de la capacité de la salle.

Le TNM croyait pouvoir asseoir 240 personnes pour respecter les normes de distanciation physique.

Mais un plan limité à 150 spectateurs a finalement été retenu pour l’automne.

 

« Cela correspond à environ 20 % de la capacité habituelle du TNM », confirme sa directrice artistique Lorraine Pintal.

La disposition de la salle prend aussi en compte la circulation des spectateurs, pour éviter qu’ils se croisent pour accéder à leurs sièges ou qu’ils soient trop au bord des allées.

Comme les rassemblements intérieurs comptent aussi les comédiens sur scène et les techniciens en coulisses, il était impossible d’ouvrir avec la règle du 50 personnes. À peine 25 spectateurs auraient ainsi pu assister à une production régulière du TNM.

« Ça m’apparaît d’une évidence que la distanciation sociale est un principe qui ne correspond pas à la réalité du théâtre. »

– Lorraine Pintal, TNM

Les théâtres et les salles de spectacle comptent sur l’autorisation des rassemblements intérieurs de 250 personnes pour augmenter leur capacité.

« À 250 personnes, les exercices de revenus sont un peu effarants. On y arrive, mais avec des pertes, ce qui pour moi confère malgré tout une lueur d’espoir à notre milieu », enchaîne-t-elle.

Québec a pour l’instant seulement réduit l’éloignement minimal entre les spectateurs de 2 à 1,5 mètre. On tient pour acquis que cette distance est sécuritaire lorsqu’une audience est assise, ne parle pas et réduit ses déplacements.

Un assouplissement bien timide, selon David Laferrière, directeur général et artistique du ‎Théâtre Gilles-Vigneault, dont la capacité de la salle est similaire à celle du TNM.

« Il n’y a aucune possibilité de rentabiliser une opération de spectacle, aussi petite soit-elle », estime-t-il. Que ce soit 2 mètres ou 1,5 mètre, une fois assis, ça ne change rien sur le nombre de sièges disponibles. On verrait une différence importante à 1 mètre. »

Il pourrait alors presque doubler sa capacité d’accueil. Mais malgré tout, ce ne serait pas encore suffisant pour atteindre la rentabilité. « Rouvrir les salles, c’est une bonne nouvelle en soi, mais pour le moment, la pression est dans notre cour », confie celui qui est aussi président de l’Association professionnelle des diffuseurs de spectacles (RIDEAU).

Le clé de la survie, selon Lorraine Pintal, est l’assouplissement progressif des mesures au fil des prochains mois. « J’ai espoir d’ouvrir devant un petit public à l’automne, mais ça ne pourra pas perdurer jusqu’à l’hiver. C’est clair », poursuit-elle.

« J’ai vraiment peur pour notre industrie, ajoute David Laferrière. On ne vend plus aucun spectacle depuis la mi-mars, alors qu’on dépend presque essentiellement des revenus de billetteries. »

Les spectacles devront être imaginés dans une formule qui prend en compte la nouvelle réalité, croit-il : qu’ils soient plus courts, sans entracte et avec moins de personnes sur scène, par exemple. Des ajustements nécessaires pour respecter les règles sanitaires et réduire les coûts.

« On est dans un monde parallèle présentement. Et on va l’être tant qu’on ne pourra pas remplir nos salles à pleine capacité. »

– David Laferrière, RIDEAU

Le casse-tête est d’autant plus complexe avec l’admission générale sans bancs fixes, où les gens s’entassent sur le parterre et interagissent entre eux.

« Comment pourrions-nous leur faire respecter les mesures de distanciation pour un spectacle rock où les gens préfèrent être debout et s’entassent le plus près possible de la scène », s’interroge Michel Sabourin, du Club Soda, qui n’envisage pas de rouvrir tant que les règles sanitaires resteront en vigueur.

Le masque est obligatoire jusqu’au moment où le spectateur s’installe dans son siège ou à un endroit qui lui permet de respecter la distanciation physique.

📽️ Cinémas | Projections devant public réduit

« Une salle de cinéma, on ne la remplit presque jamais à 100 % », précise d’abord l’homme d’affaires Vincent Guzzo, PDG de la chaîne de cinémas du même nom.

« C’est un instinct humain normal de se distancier au cinéma », ajoute-t-il, à propos des spectateurs qui laissent naturellement des sièges libres entre eux pour être à l’aise.

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Lorsqu’une superproduction prend l’affiche, une salle de cinéma peut toutefois se remplir au maximum.

L’achalandage habituel occupe plutôt entre 35 % et 80 % d’une salle de cinéma.

Mais pour respecter une distance de 1,5 mètre, au moins deux sièges doivent rester libres entre chaque client, ou petit groupe d’un même ménage, ce qui représente environ 28 % de cette salle.

Le nombre de cinéphiles est pour l’instant limité à 50, soit 19 % de la capacité de la salle.

 

Sans pouvoir remplir ses salles à au moins 50 % de leur capacité, Vincent Guzzo ignore comment son entreprise pourra assurer sa rentabilité.

« Même à 50 %, il y a un impact sur notre chiffre d’affaires, mais pour les 6 à 8 premières semaines, c’est gérable. Ça se fait », estime l’homme d’affaires.

Même son de cloche chez Mario Fortin, président des cinémas Beaubien, du Parc et du Musée. « On a un manque à gagner parce que les revenus sont moindres, mais aussi parce que les dépenses sont supérieures, explique-t-il. On a besoin de placiers pour assurer la distanciation entre les clients et plus d’employés pour nettoyer ensuite. »

Faire passer la limite pour les rassemblements intérieurs à 250 personnes permettrait de laisser entrer plus de clients dans les salles à grande capacité, et d’être un peu plus rentables. La distance demeurerait toutefois maintenue à 1,5 mètre devant, derrière et de côté, même si les propriétaires de cinémas ont milité pour réduire cette mesure.

Les cinémas ont aussi misé sur la reprise lente de l’industrie, avec un nombre limité de films qui ont pris l’affiche, pour consacrer de deux à quatre salles à chacun, afin de rejoindre un plus grand nombre de spectateurs. Chaque représentation débute aussi à 15 ou 30 minutes d’intervalle, pour éviter les foules dans le foyer d’accueil.

Malgré la hausse des coûts, Vincent Guzzo écarte l’idée de refiler la facture à ses clients. Il ne compte pas non plus leur demander de réserver à l’avance, contrairement à Mario Fortin, qui espère remplir la majorité de ses salles grâce aux réservations.

Le défi, selon lui, sera de « convaincre les gens qui ne se trouvent pas une place le samedi soir de venir le lundi après-midi ou les soirs les plus tranquilles ».

En attendant la réouverture des cinémas, qui ont été les premiers à fermer mais parmi les derniers à se remettre en marche, les cinéphiles ont pu se rabattre sur les cinéparcs, autorisés à reprendre du service à la fin mai. Les véhicules doivent rester à 2 mètres les uns des autres et ne contenir que des membres d’un même foyer.

🛒 Commerces | La nouvelle expérience du magasinage

Seuls les commerces prioritaires, comme les épiceries et les pharmacies notamment, n’ont jamais dû fermer leurs portes pendant la pandémie. Les fréquenter a permis aux consommateurs de se familiariser avec les mesures sanitaires requises.

Couloirs de circulation, masque obligatoire, nombre maximal de clients dans un magasin, désinfection obligatoire des mains à l’entrée, les boutiques qui ont graduellement repris du service depuis le début mai imposent toujours ces mesures.

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En temps normal, un commerce, comme cette librairie, peut accueillir sans difficulté beaucoup de clients venus magasiner au même moment.

Mais ce nombre est désormais limité à 30 % à 50 % de l’achalandage habituel pour respecter les règles de distanciation physique.

Les consommateurs doivent aussi s’attendre à faire la file à l’extérieur avant d’entrer.

 

Aucun ratio de clients n’est imposé aux commerçants, qui doivent eux-mêmes déterminer le nombre maximum de personnes qui peuvent se trouver en même temps à l’intérieur.

« C’est la règle du 2 mètres de distance qui prédomine ici. Tout dépend de la superficie du commerce », indique le ministère de la Santé du Québec.

Seule la superficie de circulation doit être prise en compte, c’est-à-dire qu’il faut soustraire de la superficie totale d’un commerce l’aire des surfaces, comme les allées et les présentoirs. Le nombre d’employés sur le plancher doit aussi être comptabilisé.

Pour simplifier les calculs, le Conseil québécois du commerce de détail (CQCD) recommande à ses membres de diviser par deux le nombre maximal de clients permis aux normes de sécurité incendie. « C’est à peu près de 30 % à 50 % du trafic régulier », évalue le directeur général du CQCD, Stéphane Drouin.

Dans ce contexte, l’expérience de magasinage aussi a changé.

Plus question de flâner ni de faire de lèche-vitrines : on s’attend à ce que le client sache exactement quoi acheter et qu’il ressorte aussitôt sa course effectuée.

« Les gens vont beaucoup moins en magasin pour magasiner, mais beaucoup plus pour acheter, ajoute Stéphane Drouin. Ce qui compense un peu pour la baisse de trafic. »

En d’autres mots, un client qui entre dans un magasin est une vente garantie, contrairement à auparavant. Et il achète même un peu plus que d’habitude, par prévoyance.

« Ça permet un seuil un peu plus acceptable de rentabilité », se réjouit Stéphane Drouin, qui reconnaît aussi l’apport non négligeable du commerce en ligne.

Les consommateurs se sont habitués, selon lui, à cette nouvelle réalité. Mais les experts craignent qu’ils finissent par s’en lasser.

« Il y a un comportement dual, explique Fabien Durif, directeur de l’Observatoire de la consommation responsable à l’UQAM. Les consommateurs veulent que des mesures soient mises en place, mais celles-ci ont un impact sur leur volonté d’aller magasiner. »

Le directeur général du Conseil québécois du commerce de détail, Stéphane Drouin, craint davantage l’impact d’une éventuelle seconde vague.

« Notre travail, c’est de permettre aux détaillants de survivre jusqu’à l’automne. Parce que l’automne, c’est le retour à l’école, c’est le vendredi fou et c’est la période des fêtes. Trois grosses périodes qui sont très importantes pour le commerce au détail. »

– Stéphane Drouin, Conseil québécois du commerce de détail

« Si les détaillants se rendent jusque-là, ils auront la capacité de se remettre sur pied pour l’an prochain », estime ce dernier.

Craignant un nouveau confinement, Stéphane Drouin croit que les commerçants et les consommateurs peuvent très bien continuer, d’ici un retour à la normale, à fonctionner avec la distanciation physique.

Il déplore toutefois que le masque obligatoire soit une consigne de plus à faire respecter pour les commerçants, et qu’ils s’exposent à des amendes à cause de clients récalcitrants.

✈️ Avion | Voyager… comme avant

Les voyages non essentiels à l’extérieur du pays sont toujours à éviter, selon le gouvernement canadien. De plus en plus de pays commencent toutefois à rouvrir leurs frontières et à lever les restrictions imposées aux voyageurs étrangers.

Si l’envie vous prend de voyager, ne vous attendez pas à profiter de plus d’espace en classe économique. Les transporteurs aériens qui ont maintenu ou repris leurs activités n’appliquent plus de mesures de distanciation physique à bord de leurs appareils.

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Comme en temps normal, un avion est donc rempli à sa capacité maximale (dans la mesure du possible).

Si les transporteurs aériens devaient respecter les consignes de distanciation physique, un avion ne serait rempli qu’à 30 % à 75 % de sa capacité, selon la taille de l’appareil.

Mais pour être rentable, un appareil doit voler à au moins 80 % de sa capacité.

On mise sur le port du masque, obligatoire en avion de l’embarquement jusqu’à l’arrivée à destination, et la circulation de l’air en vol pour réduire le risque de contamination.

Quand le nombre de passagers le permet, les transporteurs doivent par contre favoriser l’éloignement physique.

 

Les transporteurs aériens, comme Air Canada et WestJet, ont bloqué les sièges adjacents à la vente jusqu’à la fin du mois de juin. Mais ils ont ensuite renoncé à cette pratique pour deux raisons, selon l’expert en aviation Mehran Ebrahimi.

« Une place vide, ça coûte cher, résume le directeur de l’Observatoire international de l’aéronautique et de l’aviation à l’UQAM. Pour les grands avions, l’impact est moins grand. Mais pour les avions monocouloirs et les avions régionaux, on atteint un niveau qui n’est, commercialement parlant, pas viable, à moins qu’on gonfle le prix des billets. »

« Il faut être réaliste. On ne peut pas espérer une reprise des activités s’il faut laisser des sièges vides dans les avions. »

– Mehran Ebrahimi, Observatoire international de l’aéronautique et de l’aviation, UQAM

La configuration des avions constitue l’autre raison pour laquelle il n’est pas nécessaire d’éloigner les passagers en vol. « L’air à l’intérieur d’un avion change au complet aux 2 à 3 minutes », rappelle Mehran Ebrahimi, en ajoutant que la circulation de l’air se fait de haut en bas, plutôt qu’à l’horizontale.

Les toilettes et autres surfaces touchées par les passagers demeurent les plus grands risques de contracter un virus à bord d’un avion, indique-t-il.

« Techniquement, le fait d’aller faire votre épicerie est plus risqué que d’être dans un avion. On n’a pas cette impression-là étant donné que l’avion est un lieu fermé. »

– Mehran Ebrahimi, Observatoire international de l’aéronautique et de l’aviation, UQAM

L’Organisation de l’aviation civile internationale ne recommande pas plus l’éloignement physique. À défaut de respecter une distance de 2 mètres entre les passagers, les transporteurs aériens sont toutefois tenus de mettre en pratique d’autres mesures sanitaires, comme le port du masque et la vérification de température.

Le port du masque est aussi obligatoire lors de croisières (qui sont encore à éviter, selon Ottawa), sur un traversier ou à bord de tout autre navire accueillant des passagers. Les voyageurs en train ou en autocar, où le nombre de places a été réduit, doivent aussi se couvrir le visage.

🏆 Gyms | Recommencer à s’entraîner

Depuis la fin juin, vous pouvez recommencer à vous entraîner à l’intérieur… en comptant sur un peu plus d’espace personnel qu’auparavant.

Parmi les premiers à fermer en début de pandémie, les centres d’entraînement ont reçu l’autorisation de rouvrir leurs portes en même temps que le retour des rassemblements intérieurs d’un maximum de 50 personnes. Les directives de distanciation physique limitent également le nombre de personnes qui peuvent s’entraîner en même temps.

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Il n’est pas inhabituel qu’un gym soit rempli aux heures de grande affluence.

Moins de gens pourront toutefois se retrouver en même temps dans les aires communes et dans les salles de cours pour se maintenir à 2 mètres les uns des autres.

Un appareil cardiovasculaire sur deux est condamné et les appareils musculaires sont davantage espacés, si possible, ou laissés inutilisés.

 

Cette nouvelle configuration devrait permettre à un centre d’entraînement de maintenir 60 % de son achalandage habituel, estime la présidente d’Énergie Cardio, Claire Tremblay.

Les clients doivent toutefois se limiter à une heure d’entraînement et réserver leur plage horaire en ligne. Le nombre de clients peut varier en fonction de la superficie des lieux.

« On prend les réservations pour s’assurer d’avoir le maximum de clients par journée, mais surtout pour éviter que nos clients se déplacent et qu’il n’y ait pas de place », précise-t-elle.

La présidente d’Énergie Cardio a fait le pari de pouvoir répartir sa clientèle au fil de la journée pour pallier la réduction du nombre de personnes aux heures de grande fréquentation.

« L’achalandage a changé, explique-t-elle. Nos heures de pointe sont plus étendues à cause du télétravail. Les gens utilisent plus de plages horaires et trouvent l’heure qui leur convient », même si certaines périodes demeurent plus occupées que d’autres.

Le Nautilus Plus a plutôt misé sur l’affichage du taux d’achalandage en temps réel de chacun de ses centres sur son application et son site Internet. « Si un centre devait être à pleine capacité, le membre a toujours l’option d’aller à un autre centre de notre réseau », explique la directrice au marketing et aux communications, Karine Larose.

Permettre à un maximum de 250 personnes de se rassembler à l’intérieur aurait peu d’impact sur les centres d’entraînement, dont les superficies demeurent souvent restreintes.

« Ça ne touche pas beaucoup à notre industrie, reconnaît Claire Tremblay, d’Énergie Cardio. C’est quand on va changer les règles de distanciation, maintenues à 2 mètres pour les gyms, qu’on va pouvoir augmenter nos capacités en termes de clientèle. »

Des mesures sanitaires supplémentaires sont également appliquées, comme le lavage des mains et la désinfection fréquente des appareils. Quant au port du masque, il est obligatoire à l’accueil et dans les aires communes, mais peut être retiré pendant l’entraînement.

🌳 Parcs et plages | L’été est arrivé!

Les parcs n’ont jamais été interdits d’accès, mais les rassemblements sont à éviter et la distanciation physique doit être respectée. On permet désormais à 10 personnes de se réunir entre elles, à condition qu’elles gardent leurs distances si elles proviennent de ménages différents. Un maximum de trois ménages est recommandé.

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Un parc n’a pas d’occupation maximale, tant qu’il y a de la place pour tout le monde.

Cette capacité est réduite de beaucoup pour permettre la distanciation physique.

Ailleurs dans le monde, des cercles sont parfois tracés au sol pour mieux se repérer.

 

Délimiter des zones ne fait pas partie des plans de la santé publique du Québec pour le moment. On compte sur la bonne foi de la population pour garder la distance de 2 mètres.

Mais toute personne qui ne respecte pas les consignes est passible d’une amende.

La situation est un peu plus complexe pour les plages, dont la fermeture n’était pas un enjeu en mars, lorsque la pandémie s’est présentée aux portes de la province. Mais l’arrivée de l’été et l’enthousiasme des baigneurs ont changé la donne.

Dès l’ouverture en juin, les exploitants de plages ont dû limiter leur capacité, parfois de moitié comme l’a notamment fait la Sépaq. Des plages ont été réservées aux résidents et interdites aux passants pour éviter les attroupements, dont certains ont entaché la reprise.

Les municipalités ont également établi un seuil maximal quotidien, en fonction de la superficie des plages, mais également de l’aire de baignade. C’est la plus petite des deux superficies qui a dû être prise en compte, à la recommandation de la Société de sauvetage.

« Malheureusement, ça fait en sorte qu’on peut accueillir encore moins de monde, se désole le directeur général division Québec, Raynald Hawkins. Mais si tout le monde va se baigner en même temps, je dois m’assurer qu’ils pourront respecter la distanciation physique. »

Les piscines, intérieures et extérieures, de même que les parcs aquatiques ont aussi rouvert avec une capacité d’accueil réduite et d’importantes conditions sanitaires.

Plusieurs ont même opté pour les réservations quotidiennes. Ils n’ont toutefois pas pris en considération la présence de jeunes de 16 ans et moins, pour qui la règle d’éloignement a été réduite à 1 mètre parce qu’ils sont moins affectés par la maladie.

Un long retour à la normale

Les règles sanitaires, aussi contraignantes soient-elles, sont là pour longtemps, prévient la microbiologiste infectiologue au CHU Sainte-Justine, Caroline Quach.

Il faut apprendre à vivre avec le virus « jusqu’à tant qu’on ait un vaccin ou du moins un médicament qui traite les complications » liées à la COVID-19, insiste-t-elle. Pendant encore combien de temps? De 18 à 24 mois, estime Dre Caroline Quach, parce que même une fois le vaccin trouvé, encore faut-il qu’il soit administré à tout le monde.

Ça ne veut pas dire pour autant que les mesures ne seront pas assouplies d’ici là.

Déjà, l’éloignement physique recommandé est passé de 2 à 1,5 mètre pour les salles de spectacles et les cinémas, principalement en raison de leur configuration, et parce que les bancs sont fixés au sol, soupçonne la microbiologiste infectiologue Caroline Quach.

Les rassemblements intérieurs ont d’abord été limités à 10 personnes, puis à 50 personnes, et pourraient par la suite atteindre 250, même si ce nombre augmente le risque de contracter le virus.

« Le problème, c’est que tous ces chiffres-là sont complètement aléatoires. C’est le best guess, parce qu’à un moment donné, il faut choisir un chiffre », explique celle qui est aussi professeure à l’Université de Montréal.

Ces décisions n’ont pas seulement été influencées par la santé publique, mais aussi par le politique et l’économique. « Il y a des choses qui sont incohérentes, et qui s’expliquent par une pression politique à rouvrir certains milieux », estime Caroline Quach.

Santé publique c. économique

« Ce sont des facteurs qui ajoutent beaucoup aux coûts et qui limitent la capacité de recevoir des clients. C’est sûr que ça affecte la rentabilité », avance Joanne Labrecque, de HEC Montréal.

« L’économie est en porte-à-faux avec les mesures de santé publique », reconnaît à son tour Dre Caroline Quach.

« Quand on regarde à long terme, je pense qu’il est préférable d’avoir une économie un peu plus modeste présentement que de devoir reconfiner à l’automne. »

– Caroline Quach, microbiologiste infectiologue

La plupart des commerçants et des restaurateurs partagent ce point de vue, même s’ils retiennent leur souffle et ne voient pas encore la lumière au bout du tunnel.

Méthodologie

Les scénarios montrant comment les huit lieux choisis se sont transformés pour s’adapter aux règles sanitaires imposées par la COVID-19 ont été élaborés à partir des témoignages des différents intervenants, des indications des autorités de santé publique et des trousses COVID-19 de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail.

Les plans du métro, du théâtre, du cinéma et de l’avion sont calqués sur des plans existants, alors que le restaurant, le commerce, le centre d’entraînement et le parc ont été imaginés.

Nous prenons pour acquis que les personnages qui se trouvent à moins de 2 mètres sur les plans appartiennent au même ménage, c’est-à-dire qu’ils résident à la même adresse. La distance de 1,5 à 2 mètres entre ceux de différents ménages est basée sur l’échelle des plans, définie à partir du tour de taille moyen d’un Canadien.

Daniel Blanchette Pelletier journaliste, Melanie Julien chef de pupitre, Francis Lamontagne designer, André Guimaraes développeur

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